De la morgue aux faits divers contemporains
La disparition de la morgue comme attraction ne signifie pourtant pas la disparition de la fascination pour les affaires criminelles et les morts mystérieuses. Au contraire, les supports ont changé. Les journaux du XIXe siècle racontaient les affaires à leurs lecteurs ; les émissions de radio et de télévision ont ensuite pris le relais. Aujourd'hui, podcasts, documentaires, chaînes YouTube et réseaux sociaux consacrent une place importante aux affaires criminelles et aux disparitions.
La comparaison ne doit toutefois pas effacer les différences entre ces époques. La morgue parisienne répondait d'abord à une mission d'identification des personnes décédées et participait à l'organisation de la police et de la médecine légale. Sa transformation en attraction fut une conséquence de la rencontre entre cette mission publique, la presse populaire et la curiosité des foules.
Son histoire révèle néanmoins quelque chose de plus durable : la fascination des sociétés humaines pour les histoires dont la mort constitue le point de départ plutôt que la conclusion. Pendant plus d'un siècle, au cœur même de Paris, cette fascination avait une adresse : l'île de la Cité. Derrière une façade vitrée, les morts inconnus attendaient qu'un passant reconnaisse leur visage. À l'extérieur, une foule observait. La morgue avait été créée pour rendre leur identité aux morts. Elle devint, paradoxalement, l'un des lieux les plus connus de Paris précisément parce qu'ils étaient restés anonymes.
Par l'équipe Anecdotes Royales.