En 1954, Pierre Mendès France offre un verre de lait aux écoliers français

01/09/2026

À l'automne 1954, une curieuse habitude s'installe dans les écoles françaises : à l'heure de la récréation, les écoliers reçoivent gratuitement un verre de lait, parfois accompagné d'un morceau de sucre. Derrière ce geste aujourd'hui devenu une image emblématique de l'après-guerre se trouve Pierre Mendès France, alors président du Conseil. Son objectif est simple : mieux nourrir les enfants, mais aussi les éloigner d'une consommation d'alcool qui reste encore très présente dans les familles françaises.

Une France qui sort à peine de la guerre

Lorsque Pierre Mendès France arrive à la tête du gouvernement, en juin 1954, la France porte encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Les restrictions alimentaires ont officiellement disparu, mais les problèmes de nutrition restent une réalité pour une partie de la population, notamment chez les enfants.

Le lait apparaît alors comme un aliment particulièrement intéressant. Riche en protéines et en calcium, il doit permettre d'améliorer l'alimentation quotidienne des écoliers. Des distributions de lait existaient déjà dans certaines écoles depuis la guerre et l'Occupation, mais le gouvernement de Mendès France souhaite donner à cette pratique une dimension nationale.

Le 1er octobre 1954, un décret prévoit ainsi que des fonds publics puissent être utilisés pour « l'amélioration de l'hygiène alimentaire » et notamment pour financer la distribution gratuite de lait et de sucre aux enfants des écoles primaires.

Remplacer le verre de vin par le verre de lait

Mais cette mesure ne répond pas uniquement à une préoccupation nutritionnelle. Elle s'inscrit dans une véritable politique de lutte contre l'alcoolisme menée par Pierre Mendès France. Au début des années 1950, l'alcool fait encore partie intégrante des habitudes alimentaires françaises. Dans certaines familles, il n'est pas exceptionnel que les enfants consomment du vin ou de la bière au cours des repas. Dans les écoles elles-mêmes, la consommation de boissons alcoolisées par les moins de quatorze ans n'est pas encore interdite.

Mendès France veut donc changer les habitudes dès l'enfance. Le verre de lait doit devenir une alternative au verre d'alcool. En novembre 1954, les pouvoirs publics renforcent d'ailleurs cette politique en prenant des mesures destinées à lutter contre l'alcoolisme et en créant un Haut Comité d'étude et d'information sur l'alcoolisme.

L'idée est alors résumée par une formule devenue célèbre : pour avoir des enfants « studieux, forts et vigoureux », il faut leur donner du lait plutôt que de l'alcool. La campagne participe ainsi à une évolution plus large des mentalités autour de la consommation d'alcool chez les plus jeunes.

Un geste qui fait aussi travailler l'agriculture française

La mesure possède également une dimension économique. Le gouvernement cherche à soutenir la production agricole et notamment la filière laitière, alors confrontée à des excédents. Le lait peut ainsi être redistribué aux enfants plutôt que de rester sans débouché.

Le sucre distribué avec le lait répond lui aussi à une logique économique. À l'automne 1954, le gouvernement décide notamment de réorienter une partie de la production de betteraves jusque-là destinée aux distilleries vers les sucreries. La production peut ainsi contribuer à fournir le sucre nécessaire à cette politique alimentaire.

La distribution du lait devient donc à la fois une mesure de santé publique, une campagne de prévention contre l'alcoolisme et un moyen de soutenir certaines productions agricoles françaises.

Une mesure qui marque durablement les mémoires

L'image des enfants réunis dans les écoles autour d'un verre de lait va rapidement devenir indissociable de Pierre Mendès France. La mesure suscite pourtant des critiques et des moqueries, notamment dans une France où la consommation de vin est profondément ancrée dans les habitudes culturelles. L'Assemblée nationale rappelle d'ailleurs que cette politique lui valut une certaine hostilité et même le surnom moqueur de « Mendès-lolo ».

La politique du verre de lait ne disparaît toutefois pas avec la fin du gouvernement Mendès France. La distribution de lait sucré dans les écoles est ensuite pérennisée et renforcée par d'autres textes, jusqu'à devenir un souvenir familier pour plusieurs générations d'écoliers français.

Plus de soixante-dix ans plus tard, le « verre de lait de Mendès France » reste ainsi l'un des exemples les plus célèbres d'une politique publique mêlant nutrition, éducation et prévention. À une époque où donner du vin ou de la bière à un enfant pouvait encore sembler normal, le gouvernement français avait choisi de placer entre ses mains un autre symbole : un simple verre de lait.

Par Enzo Guyot.

Près de 95 ans après la mort de Geli Raubal, la nièce d'Adolf Hitler, trois documents retrouvés dans les archives munichoises viennent remettre en cause la chronologie officielle de l'affaire. Ils situent la découverte de son corps au 18 septembre 1931, alors qu'Hitler se trouvait encore à Munich. Une découverte qui ne prouve pas un meurtre, mais...

Au XIXe siècle, les visiteurs de Paris ne se pressaient pas uniquement devant Notre-Dame, le Louvre ou les grands boulevards. Sur l'île de la Cité, un bâtiment attirait quotidiennement une foule considérable : la morgue. On y exposait derrière une immense vitre les corps non identifiés, dans l'espoir qu'un passant reconnaisse un visage ou un...

Les derniers articles sur la France

Restez au courant de nos actu

Au XIXe siècle, les visiteurs de Paris ne se pressaient pas uniquement devant Notre-Dame, le Louvre ou les grands boulevards. Sur l'île de la Cité, un bâtiment attirait quotidiennement une foule considérable : la morgue. On y exposait derrière une immense vitre les corps non identifiés, dans l'espoir qu'un passant reconnaisse un visage ou un...

Produits

Les derniers articles de notre blog

Restez au courant de nos actu

Près de 95 ans après la mort de Geli Raubal, la nièce d'Adolf Hitler, trois documents retrouvés dans les archives munichoises viennent remettre en cause la chronologie officielle de l'affaire. Ils situent la découverte de son corps au 18 septembre 1931, alors qu'Hitler se trouvait encore à Munich. Une découverte qui ne prouve pas un meurtre, mais...

Au XIXe siècle, les visiteurs de Paris ne se pressaient pas uniquement devant Notre-Dame, le Louvre ou les grands boulevards. Sur l'île de la Cité, un bâtiment attirait quotidiennement une foule considérable : la morgue. On y exposait derrière une immense vitre les corps non identifiés, dans l'espoir qu'un passant reconnaisse un visage ou un...

Share