L'histoire des souverains britanniques de 1066 à 1485
(De Guillaume le Conquérant à Richard III : L'Angleterre des Rollonides à la maison d'York)
La Maison de Normandie (1066–1154)
(Dite "Rollonide", issue de Rollon, duc de Normandie)
Guillaume Ier "le Conquérant" (1066–1087)
Le 14 octobre 1066, à Hastings, Guillaume, duc de Normandie, triomphe de Harold II et devient Guillaume Ier d'Angleterre, surnommé le Conquérant. Sa victoire marque la fin de l'ère anglo-saxonne et le début d'un nouveau régime féodal inspiré du modèle normand.
Guillaume introduit une aristocratie nouvelle, remplaçant presque toute la noblesse anglaise par des seigneurs normands. Il centralise le pouvoir royal : les vassaux lui doivent fidélité directe, sans intermédiaires. Son œuvre administrative culmine en 1086 avec le Domesday Book, immense recensement des terres et richesses du royaume. Mais son règne reste marqué par des révoltes saxonnes écrasées dans le sang, notamment dans le Nord (Harrying of the North).
À sa mort, il partage ses possessions : son fils Robert Courteheuse reçoit la Normandie, et Guillaume II l'Angleterre.
Guillaume II "le Roux" (1087–1100)
Surnommé le Roux en raison de sa chevelure rousse, Guillaume II poursuit la politique autoritaire de son père. Il combat les révoltes de barons, impose son autorité à l'Église et se heurte à Anselme de Cantorbéry, archevêque réformateur. Ambitieux et impulsif, il étend son contrôle sur la Normandie et la Bretagne.
En 1100, il meurt accidentellement (ou mystérieusement) lors d'une chasse dans la forêt de New Forest. Son frère cadet, Henri, s'empare aussitôt du trône.
Henri Ier Beauclerc (1100–1135)
Henri, surnommé Beauclerc pour son érudition, réconcilie le royaume avec l'Église et restaure l'ordre. Il fonde une administration centralisée (Trésor royal, chancellerie) et favorise une justice écrite. Il épouse Mathilde d'Écosse, d'ascendance anglo-saxonne, consolidant ainsi la légitimité de la dynastie.
Son seul fils légitime, Guillaume Adelin, meurt noyé dans la Blanche-Nef en 1120, tragédie qui plonge le royaume dans une crise successorale. Henri désigne alors sa fille, l'Impératrice Mathilde, comme héritière — décision que les barons refusent d'accepter à sa mort.
Étienne de Blois (1135–1154) - petit-fils de Guillaume le Conquérant
Cousin de Mathilde, Étienne s'empare du trône, déclenchant une guerre civile connue sous le nom de l'Anarchie (1135–1153). Pendant vingt ans, le royaume est ravagé par les affrontements entre les partisans d'Étienne et ceux de l'impératrice Mathilde.
Le conflit s'achève en 1153 par le traité de Wallingford : Étienne conserve la couronne à vie, mais reconnaît comme héritier le fils de Mathilde, Henri Plantagenêt, comte d'Anjou.
À la mort d'Étienne, en 1154, la couronne passe donc à Henri II, inaugurant une nouvelle dynastie.
La Maison d'Anjou-Plantagenêt (1154–1399)
Henri II Plantagenêt (1154–1189)
Fils de Geoffroy Plantagenêt et de l'Impératrice Mathilde, Henri II fonde une dynastie puissante, régnant non seulement sur l'Angleterre, mais aussi sur un vaste empire continental : l'empire Plantagenêt, qui s'étend de l'Écosse aux Pyrénées.
Henri II réforme profondément la justice : il instaure le common law, fonde les jurys populaires et limite l'arbitraire féodal. Mais son règne est assombri par son conflit avec Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, qu'il avait lui-même nommé. L'assassinat de Becket en 1170 provoque un scandale européen.
Henri meurt en 1189, trahi par ses fils, dont Richard et Jean.
Richard Ier "Cœur de Lion" (1189–1199)
Guerrier avant tout, Richard Cœur de Lion passe à peine six mois de son règne en Angleterre. Il part pour la Troisième Croisade (1189–1192), où il combat Saladin avec bravoure. Fait prisonnier sur le chemin du retour, il est libéré contre rançon. Malgré son absence, il préserve l'administration solide de son père. Il meurt en 1199, blessé lors d'un siège en France, sans héritier légitime.
Jean Ier "sans Terre" (1199–1216)
Frère de Richard, Jean hérite du trône mais perd rapidement les territoires continentaux hérités de ses ancêtres : Normandie (1204), Anjou, Maine et Touraine. Ces pertes lui valent son surnom de sans Terre. Son autoritarisme et sa fiscalité écrasante suscitent la révolte des barons. En 1215, il est contraint de signer la Magna Carta, premier texte limitant le pouvoir royal et reconnaissant des droits aux sujets. Jean meurt l'année suivante, laissant le trône à son fils de neuf ans.
Henri III (1216–1272)
Fils de Jean, Henri III règne plus de cinquante ans, marquant un retour relatif à la stabilité. Il encourage l'art gothique (construction de Westminster Abbey) et renforce la monarchie, mais ses favoritismes étrangers provoquent de nouvelles révoltes. La guerre civile éclate sous la conduite de Simon de Montfort, qui convoque en 1265 le premier Parlement représentatif d'Angleterre, ancêtre de la Chambre des Communes.
Henri reprend le contrôle mais son autorité est affaiblie à sa mort.
Édouard Ier "Longshanks" (1272–1307)
Édouard Ier est un roi réformateur et conquérant. Il soumet le pays de Galles (1284), fortifie la frontière par des châteaux monumentaux (Conwy, Caernarfon) et impose son autorité à l'Écosse, provoquant la résistance de William Wallace. Il réorganise les lois et institutionnalise le Parlement en 1295, réunissant nobles, clergé et représentants des comtés.
Son règne jette les bases du royaume d'Angleterre médiéval.
Édouard II (1307–1327)
Fils d'Édouard Ier, Édouard II manque d'énergie et s'aliène la noblesse par ses favoris, notamment Piers Gaveston. Battu par les Écossais à Bannockburn (1314), il perd le contrôle du Nord et l'estime de ses barons. Renversé par son épouse Isabelle de France et son amant Roger Mortimer, il est emprisonné puis assassiné en 1327.
Édouard III (1327–1377)
Sous Édouard III, l'Angleterre retrouve sa vigueur. Il revendique le trône de France par sa mère Isabelle et déclenche en 1337 la Guerre de Cent Ans. Son règne voit la victoire légendaire de Crécy (1346) et la fondation de l'ordre de la Jarretière. Mais le royaume est frappé en 1348 par la Peste noire, qui décime un tiers de la population.
Malgré cela, le prestige anglais atteint son apogée. Édouard meurt en 1377, laissant un empire glorieux mais financièrement affaibli.
Richard II (1377–1399)
Petit-fils d'Édouard III, Richard II monte sur le trône enfant. Son règne débute dans la tourmente : en 1381, la Révolte des paysans secoue l'Angleterre. Devenu adulte, Richard tente d'imposer une monarchie autoritaire, provoquant l'opposition de ses cousins, les Lancastre. En 1399, son cousin Henri Bolingbroke le renverse et devient roi sous le nom d'Henri IV. Richard meurt en captivité, sans héritier : la maison de Lancastre accède au trône.
La Maison de Lancastre (1399–1461 ; 1470–1471)
Henri IV (1399–1413)
Premier roi Lancastre, Henri IV consolide son pouvoir après avoir usurpé la couronne. Il affronte plusieurs révoltes, notamment celle des gallois dirigés par Owain Glyndŵr. Son règne est difficile, marqué par la maladie et la défiance des nobles.
Henri V (1413–1422)
Son fils Henri V incarne l'idéal du roi chevalier. Il relance la guerre contre la France et remporte la célèbre bataille d'Azincourt (1415). Par le traité de Troyes (1420), il devient héritier du trône de France et épouse Catherine de Valois. Il meurt prématurément en 1422, laissant un nourrisson roi des deux royaumes.
Henri VI (1422–1461, puis 1470–1471)
Henri VI, fils d'Henri V, n'a que neuf mois lorsqu'il hérite des trônes d'Angleterre et de France. Roi pieux mais faible, il perd la France (défaite face à Jeanne d'Arc) et voit l'Angleterre sombrer dans la crise. Ses accès de folie ouvrent la voie à la Guerre des Deux-Roses (1455–1487), conflit dynastique opposant Lancastre (rouge) et York (blanc). Renversé en 1461 par Édouard IV, Henri est brièvement restauré en 1470 avant d'être assassiné l'année suivante dans la Tour de Londres.
La Maison d'York (1461–1470 ; 1471–1485)
Édouard IV (1461–1470, 1471–1483)
Descendant d'Édouard III, Édouard IV est un roi énergique et habile. Il triomphe des Lancastre à Towton (1461) et s'impose comme souverain légitime. Son règne apporte la paix intérieure et la prospérité économique, soutenue par la puissance de Londres et des marchands. Cependant, une révolte menée par son ancien allié Warwick le Faiseur de rois le renverse en 1470, avant qu'il ne reprenne le pouvoir l'année suivante.
Édouard meurt subitement en 1483, laissant deux fils mineurs, Édouard et Richard.
Édouard V (avril–juin 1483)
Âgé de 12 ans, Édouard V ne règne que quelques semaines. Son oncle, Richard (futur Richard III), duc de Gloucester, assure la régence, puis fait enfermer Édouard et son frère dans la Tour de Londres. Les deux enfants disparaissent mystérieusement : ce sont les "Princes de la Tour", dont le destin reste un mystère historique.
Richard III (1483–1485)
Couronné après avoir déclaré illégitime les fils d'Édouard IV, Richard III règne en tyran soupçonneux. Malgré certaines réformes judiciaires, il est détesté pour son usurpation. En 1485, il affronte l'armée d'Henri Tudor, héritier des Lancastre, à la bataille de Bosworth. Richard meurt au combat, le dernier roi d'Angleterre à tomber sur le champ de bataille.
Sa mort met fin à la maison d'York et à la Guerre des Deux-Roses. Henri Tudor devient Henri VII, inaugurant la maison des Tudor et une nouvelle ère de stabilité.