Mort de Geli Raubal : de nouveaux documents fragilisent l’alibi d’Adolf Hitler

24/09/2026

Près de 95 ans après la mort de Geli Raubal, la nièce d'Adolf Hitler, trois documents retrouvés dans les archives munichoises viennent remettre en cause la chronologie officielle de l'affaire. Ils situent la découverte de son corps au 18 septembre 1931, alors qu'Hitler se trouvait encore à Munich. Une découverte qui ne prouve pas un meurtre, mais qui ravive une vieille question : que s'est-il réellement passé dans l'appartement du futur dictateur allemand ?

Le 19 septembre 1931, l'Allemagne apprend la mort d'une jeune femme de 23 ans dans un appartement de Munich. Angela Maria Raubal, surnommée Geli, est retrouvée morte dans la résidence de son oncle, Adolf Hitler, au 16 Prinzregentenplatz. Elle a été tuée par balle. À l'époque, la version officielle conclut à un suicide : Geli aurait utilisé une arme appartenant à Hitler, une mort qui serait intervenue après une dispute entre les deux.

Mais dès les premiers jours, cette explication suscite des interrogations. La proximité entre la jeune femme et son oncle, le contrôle que celui-ci exerçait sur sa vie et les circonstances troubles de sa disparition alimentent rapidement les rumeurs. Et près d'un siècle plus tard, de nouveaux documents viennent remettre en cause l'un des principaux éléments sur lesquels reposait la défense d'Hitler : son alibi.

Trois documents qui changent la chronologie

La découverte est due au chercheur allemand Harald Sandner, qui a retrouvé dans les archives de Munich trois documents jusque-là insuffisamment pris en compte dans la reconstitution de l'affaire : deux faire-part de décès et une inscription figurant dans le registre officiel des décès. Tous trois indiquent que le corps de Geli Raubal aurait été découvert le vendredi 18 septembre 1931 à 10 h 15, et non le samedi 19 septembre au matin comme le retient la chronologie traditionnellement admise.

Cette différence d'une journée est loin d'être anodine. Car Hitler affirmait avoir quitté Munich dans l'après-midi du 18 septembre, avant la découverte du corps. Il devait ensuite se rendre à Nuremberg. Dans la version officielle des événements, Geli était donc encore en vie lorsqu'il quitta son appartement et ne fut retrouvée morte que le lendemain, alors que son oncle se trouvait loin de Munich. Or, si les documents retrouvés sont exacts, le corps aurait été découvert dès 10 h 15 le 18 septembre. À cette heure-là, Hitler était encore dans la ville.

Selon la reconstitution proposée par Harald Sandner, le chef du NSDAP aurait même participé à une manifestation de son parti à Munich entre 10 h 30 et 12 h 30, avant de quitter la ville dans l'après-midi pour Nuremberg. L'alibi ne disparaît donc pas nécessairement, mais il devient beaucoup plus difficile à concilier avec la nouvelle chronologie.

Une affaire qui faisait déjà scandale en 1931

La mort de Geli Raubal n'était pas une affaire ordinaire. Hitler était alors loin d'être encore le maître de l'Allemagne, mais le NSDAP progressait rapidement et son chef travaillait à construire une image publique soigneusement maîtrisée.

Selon l'historien Thomas Weber, cité par Der Spiegel, Hitler cherchait alors à apparaître comme « l'incarnation de toutes les vertus et de toutes les valeurs ». Une affaire impliquant la mort suspecte d'une jeune femme vivant sous son toit aurait évidemment été susceptible de ternir cette image.

La presse d'opposition s'empare rapidement de l'affaire. Le Münchner Post, journal proche de la social-démocratie et particulièrement critique envers le mouvement nazi, rapporte notamment l'existence d'une violente dispute entre Hitler et sa nièce. Le journal évoque également des blessures qui auraient été constatées sur le corps de la jeune femme et des réunions organisées au sein du NSDAP afin de déterminer comment présenter publiquement l'affaire.

D'autres publications vont beaucoup plus loin et accusent directement Hitler d'avoir pu tuer sa nièce, ou d'avoir fait disparaître celle-ci. Ces accusations doivent toutefois être replacées dans le contexte politique extrêmement conflictuel de l'Allemagne de Weimar : Hitler avait de nombreux adversaires et la presse hostile au NSDAP cherchait à exploiter les affaires susceptibles de compromettre son image. Hitler, de son côté, dément catégoriquement les accusations.

Une relation particulièrement étroite

Geli Raubal était la fille d'Angela Raubal, demi-sœur d'Adolf Hitler. À partir de la fin des années 1920, elle vit à Munich dans l'entourage de son oncle et finit par résider dans son appartement. La relation entre les deux est décrite comme particulièrement étroite et contrôlante. Hitler s'intéresse de très près à la vie privée de sa nièce et à ses fréquentations.

Peu avant sa mort, Geli souhaite se rendre à Vienne. Elle envisage notamment d'y poursuivre sa formation de chanteuse. Selon les récits rapportés à l'époque et les reconstructions ultérieures, son projet aurait provoqué des tensions avec son oncle, qui aurait refusé son départ.

Hitler niait toutefois avoir eu une violente dispute avec elle et contestait également avoir été opposé à son voyage à Vienne. Dans une déclaration publiée quelques jours après la mort de Geli, il rejetait les différentes rumeurs circulant dans la presse. La question du contrôle exercé par Hitler sur sa nièce constitue néanmoins l'un des éléments qui ont nourri les soupçons autour de sa mort.

Une enquête sans autopsie

Un autre élément intrigue aujourd'hui les chercheurs : aucune autopsie n'a été réalisée. Geli Raubal était morte d'une blessure par balle et les circonstances de son décès étaient pourtant suffisamment inhabituelles pour susciter des interrogations. Malgré cela, les autorités ne procédèrent pas à une autopsie approfondie avant que le corps ne soit remis pour les funérailles.

Harald Sandner considère ce traitement administratif comme un élément susceptible d'alimenter l'hypothèse d'une dissimulation. L'une des possibilités avancées serait que certaines autorités aient cherché à protéger Hitler en construisant ou en maintenant une chronologie lui fournissant un alibi.

Mais ici encore, une distinction essentielle doit être faite : aucun document découvert à ce jour ne démontre qu'un fonctionnaire ait falsifié le rapport de police pour protéger Hitler. L'hypothèse existe, mais elle demeure une hypothèse.

Le rapport de police du 28 septembre au cœur des interrogations

La chronologie longtemps retenue repose notamment sur un rapport officiel de la police munichoise daté du 28 septembre 1931, soit une dizaine de jours après la découverte supposée du corps. Ce rapport fixe la version des événements qui s'est ensuite imposée : Geli Raubal aurait été découverte morte le 19 septembre, après le départ de Hitler pour Nuremberg.

Les nouveaux documents sont donc particulièrement intéressants parce qu'ils ne racontent pas une nouvelle histoire complète. Ils introduisent plutôt une contradiction dans une chronologie considérée depuis des décennies comme établie. Deux faire-part et un registre administratif donnent une date différente. Si ces trois documents reflètent correctement les événements, la découverte du corps aurait eu lieu environ vingt-quatre heures plus tôt que ne le laisse entendre le récit officiel.

Cela signifie surtout que la présence d'Hitler à Munich au moment où le corps aurait été découvert ne peut plus être écartée sur la seule base de son ancien alibi.

Un soupçon ancien, mais toujours pas une preuve

La découverte est suffisamment importante pour relancer une affaire qui avait déjà suscité les rumeurs les plus diverses en 1931. Elle ne permet cependant pas de conclure qu'Adolf Hitler a assassiné Geli Raubal. Les nouveaux documents ne montrent pas ce qui s'est passé dans l'appartement. Ils ne désignent aucun meurtrier et ne prouvent pas que le rapport de police a été falsifié. Ils ne permettent pas davantage de déterminer avec certitude si la mort était un suicide ou un homicide.

Ils modifient en revanche un point essentiel : l'alibi d'Hitler dépendait en partie d'une chronologie qui est désormais contestée par trois documents d'archives. C'est précisément ce qui rend cette découverte intéressante pour les historiens. Près de 95 ans après la mort de Geli Raubal, il ne s'agit pas de transformer une vieille rumeur en vérité historique, mais de constater qu'un élément présenté pendant des décennies comme acquis mérite désormais d'être réexaminé.

Le mystère demeure donc entier. Geli Raubal est officiellement morte d'une blessure par balle dans l'appartement de son oncle, dans des circonstances qui avaient déjà alimenté les soupçons de ses contemporains. Les nouvelles archives ne prouvent pas qu'Hitler l'a tuée. Elles posent cependant une question que l'on croyait réglée : où se trouvait réellement Adolf Hitler lorsque Geli Raubal a été retrouvée morte ?

Par l'équipe Anecdotes Royales.

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