La fin d'une époque
La Première Guerre mondiale marque une rupture profonde. Le monde qui avait fait la renommée de Berder disparaît progressivement. La Belle Époque s'achève dans les tranchées et avec elle une certaine conception de la vie aristocratique. Après 1918, l'île conserve son caractère de lieu de villégiature, mais son rôle mondain s'estompe. Le Berder des grandes réceptions, des yachts, des régates et des invités prestigieux appartient désormais au passé. La duchesse d'Uzès se sépare finalement du Manuela en 1919. L'entretien du yacht et de son équipage, qui compte une vingtaine de personnes, représente une charge devenue trop importante. Quelques années plus tard, c'est au tour de l'île elle-même d'être vendue.
Pourtant, les traces de cette histoire demeurent. Le manoir, les anciennes dépendances, la végétation exotique, les aménagements portuaires et le gois rappellent encore le projet démesuré d'Arthur Dillon. Aujourd'hui, les visiteurs qui empruntent les chemins de Berder peuvent difficilement imaginer l'agitation qui régnait ici au début du XXe siècle. L'île est redevenue un lieu de promenade, apprécié pour son calme, ses paysages et son patrimoine.
Mais derrière les arbres, les anciennes constructions et les panoramas sur le golfe du Morbihan se dessine encore le souvenir d'une époque où Berder accueillait une partie de l'élite politique, artistique et aristocratique française. Pendant quelques décennies, Arthur Dillon et la duchesse d'Uzès avaient réussi à transformer une petite île bretonne en un étonnant laboratoire de la modernité et en l'un des rendez-vous les plus élégants de la Belle Époque.