Une maîtresse trop sûre d'elle
Grisée par sa liaison avec Louis XIV, Isabelle de Ludres se sent invincible et ne sent pas les dangers qui se profilent à Versailles. Elle donne donc vite libre cours à ses ambitions et s'empresse de s'approprier le titre de favorite, allant même jusqu'à raconter à qui veut l'entendre qu'elle est enceinte des œuvres du roi et qu'elle a détrôné Madame de Montespan dans le cœur du Bourbon. En osant écrire en personne au Roi-Soleil, alors que celui-ci est en campagne contre les Espagnols, elle commet alors une erreur fatale qui va précipiter sa chute. Louis XIV s'en irrite, s'éloigne d'elle mais ne se résout pas à la chasser de la cour. Les confrontations reprennent dans les couloirs de Versailles, et ce, jusque dans la chapelle royale. Humiliée au cours d'une messe, se sentant au bord de la répudiation, Isabelle de Ludres décide de se retirer au Couvent de la Visitation de Sainte-Marie, le cœur brisé.
À l'instar de ses autres maîtresses déchues, Louis XIV a bien proposé de lui allouer une rente, mais Isabelle de Ludres, blessée dans son amour-propre, a refusé de prendre le moindre denier du monarque. Son départ se fait dans l'indifférence. Madame de Scudéry, résumera la situation ainsi : « Si elle n'avait pas tant fait la sultane pendant qu'elle espérait le devenir, on aurait eu pitié d'elle... » écrit cette précieuse, femme de Lettres.
La fin de vie de la « Belle de Ludres » sera instable. Elle va de couvent en couvent, s'endette, ce qui l'oblige à revenir sur sa décision et obtient de son ancien amant, une pension. Rentrée dans le duché de Lorraine, qui a retrouvé tout juste son indépendance après un quart de siècle d'occupation française, lors du Traité de Ryswick, elle s'installe dans une demeure luxueuse et de style classique, à Vaucouleurs. Le poids de l'âge se fait sentir désormais sur Isabelle de Ludres, Charles IV étant décédé en 1675, sans que sa disparition n'émeuve son ancienne fiancée, tandis que Louis XIV le suit dans la tombe, en 1715, la laissant avec les souvenirs de sa gloire passée. Elle s'éteint à son tour à Nancy, le 28 janvier 1726, six ans après avoir été titrée marquise.
Parmi les nombreux domestiques qui avaient accompagné Isabelle dans son exil, on y trouve le couple Bécu-Cantigny. Fabien est son cuisinier, tandis qu'Anne, sa dame de compagnie. Ils seront les grands-parents d'une adorable petite Jeanne, née en 1743. Cet enfant, qui gambadera dans la propriété de la maîtresse de Louis XIV, marquera à son tour l'Histoire de France. Connue sous le nom de comtesse du Barry, elle sera la dernière favorite du roi Louis XV. Un destin hors-norme qui la conduira, un jour d'hiver 1793, sous la lame de la guillotine.