La malle de Marie-Antoinette reprend la route des enchères à New York

21/07/2026

Plus de deux siècles après avoir parcouru les routes de France dans le sillage de la cour de Versailles, une exceptionnelle malle ayant appartenu à Marie-Antoinette s'apprête à changer de mains. La maison de ventes Sotheby's à New York la présente ce mois-ci dans sa vente « Handbags and Trunks », où elle est estimée entre 80 000 et 120 000 dollars.

À première vue, l'objet impressionne par ses dimensions et sa sobriété. Pourtant, cette malle de voyage raconte à elle seule l'univers fastueux de la dernière reine de France. Datée de la fin du XVIIIe siècle, elle a été réalisée par les coffretiers de la cour à partir de bois de chêne et de cyprès, agrémenté d'éléments en cuir et en fer forgé. Sur son couvercle figure une inscription évocatrice : « Garde-robe de la Reine N°19 ».

Car voyager avec Marie-Antoinette relevait d'une véritable opération logistique. Réputée pour son goût prononcé pour la mode et ses tenues spectaculaires, la souveraine ne se déplaçait jamais avec un unique bagage. Son vestiaire nécessitait de nombreuses malles destinées à transporter robes, accessoires et effets personnels entre Versailles, les résidences royales et les lieux de villégiature.

Pour Morgane Halimi, responsable mondiale de la division sacs à main et mode chez Sotheby's, la présence de cette pièce dans l'exposition précédant la vente constitue un événement exceptionnel. « Cette extraordinaire malle de garde-robe royale offre un lien rare avec l'univers de Versailles, où mode, cérémonie et pouvoir étaient indissociables », souligne-t-elle dans un communiqué. Elle rappelle également le parcours singulier de cet objet, conservé à travers les siècles avant de rejoindre une collection privée à Brooklyn. « Le fait qu'elle ait survécu jusqu'à nos jours — passant de l'entourage de la cour de France à un collectionneur privé de Brooklyn — souligne à la fois son importance historique et la fragilité des objets qui circulaient autrefois dans les espaces les plus protégés de la vie royale. »

La rareté de cette malle explique l'intérêt qu'elle suscite aujourd'hui auprès des collectionneurs. Peu d'exemplaires similaires ont traversé les siècles. Les autres pièces connues sont généralement conservées dans des institutions patrimoniales. Celle-ci avait déjà attiré l'attention lors d'une vente organisée à Paris en 2019 avant d'intégrer une collection particulière aux États-Unis.

Au-delà de sa valeur historique, l'objet témoigne également du rôle singulier joué par Marie-Antoinette dans l'histoire de la mode. Une réputation qui mérite toutefois d'être nuancée, comme l'explique Pascale Gorguet Ballesteros, commissaire de l'exposition La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé, actuellement présentée au Palais Galliera.

« Toute l'histoire selon laquelle elle dictait la mode repose sur le fait qu'elle était une jeune femme qui aimait la mode, une grande consommatrice avec un budget important et une femme très regardée », rappelle-t-elle. Selon l'historienne, la reine fut davantage un symbole qu'une véritable créatrice de tendances. « Disons plutôt que Mademoiselle Bertin, sa ministre des modes, la gouvernait parce qu'elle aimait ça. Elle tenait la réputation de la France en tant que référence de savoir-faire et de luxe depuis Louis XIII. Marie-Antoinette en était une victime internationale. »

Cette analyse éclaire d'un jour nouveau la destinée de la souveraine. Si son image demeure associée au luxe et à l'extravagance, elle fut aussi le visage d'une industrie du raffinement français dont elle ne maîtrisait pas toujours les codes ni les conséquences politiques.

Aujourd'hui, cette malle rescapée du XVIIIe siècle apparaît ainsi comme bien plus qu'un simple bagage. Témoin silencieux de la vie quotidienne à Versailles, elle raconte la fascination persistante exercée par Marie-Antoinette, figure historique dont l'élégance, réelle ou fantasmée, continue de nourrir l'imaginaire collectif plus de deux cents ans après sa disparition.

Par Floriane Dhervilly.

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