Avec La Reine et le Sabre, Yasmine Murat redonne vie à Caroline Bonaparte, l’ambitieuse reine de Naples

25/06/2026

Dans l'imaginaire collectif, la légende napoléonienne demeure largement dominée par la figure de l'Empereur. Autour de lui gravitent quelques personnages devenus familiers du grand public : Joséphine, le maréchal Ney, Talleyrand ou encore le duc de Wellington. Pourtant, derrière ces figures célèbres se cachent d'autres destins tout aussi fascinants, longtemps relégués au second plan par l'historiographie. Parmi eux, celui de Caroline Bonaparte, sœur cadette de Napoléon et reine de Naples, occupe une place particulière. C'est précisément à cette femme de pouvoir, d'ambition et de caractère que s'intéresse aujourd'hui la princesse Yasmine Murat dans son nouveau roman historique, La Reine et le Sabre. Préfacé par l'historien Jean Tulard, référence incontournable des études napoléoniennes, l'ouvrage propose une immersion dans l'une des trajectoires féminines les plus singulières du Premier Empire. Disponible en librairie depuis le 25 juin 2026.

« Comme son frère, elle aurait pu s'exclamer : « Quel roman que ma vie ! » Ce roman, le voici conté avec un immense talent par la princesse Yasmine Murat. Un roman certes, mais fondé sur les archives familiales. La rigueur historique s'y allie avec le talent de la conteuse. Caroline renaît devant nous. Elle trouve enfin la place qu'elle mérite dans l'Histoire. », écrit Jean Tulard dans sa préface. Une formule qui résume parfaitement l'ambition de cet ouvrage : raconter une histoire vraie avec le souffle du roman.

Une Bonaparte dans l'ombre de Napoléon

Lorsque le récit débute, nous sommes en Corse, à la fin du XVIIIe siècle. Caroline Bonaparte n'est encore qu'une adolescente de quinze ans. Autour d'elle, la famille Bonaparte tente de trouver sa place dans une France bouleversée par la Révolution. Le jeune général Napoléon commence déjà à attirer l'attention, tandis que sa mère, Letizia, veille avec fermeté sur une fratrie dont le destin s'apprête à basculer. Yasmine Murat restitue avec finesse cet univers familial où se mêlent ambitions politiques, fidélités familiales et espoirs d'ascension sociale. Loin des palais impériaux qui feront bientôt la renommée des Bonaparte, le lecteur découvre une famille encore confrontée aux incertitudes de son époque.

C'est dans ce contexte que Caroline rencontre celui qui va changer le cours de sa vie : Joachim Murat. Jeune officier de cavalerie au tempérament fougueux, Murat se distingue déjà par son courage et son charisme. Entre les deux jeunes gens naît rapidement une relation qui devra cependant surmonter de nombreux obstacles. Car dans l'univers des Bonaparte, les mariages ne relèvent jamais uniquement des sentiments. Napoléon lui-même hésite longtemps avant d'autoriser cette union.

À travers cette histoire d'amour, Yasmine Murat explore avec subtilité les tensions permanentes entre aspirations personnelles et calculs politiques. Une thématique qui traverse l'ensemble de la saga impériale et qui trouve ici une résonance particulièrement moderne.

Caroline Bonaparte, une reine à part entière

L'une des grandes qualités de La Reine et le Sabre est précisément de ne jamais réduire Caroline à son statut de sœur de Napoléon ou d'épouse de Joachim Murat. Au fil des pages apparaît une personnalité complexe, ambitieuse, cultivée et résolument déterminée à jouer un rôle actif dans les affaires de son temps. Lorsque Napoléon entreprend de remodeler l'Europe à son image, il place progressivement les membres de sa famille à la tête de plusieurs États. Joseph devient roi d'Espagne, Louis roi de Hollande, Jérôme roi de Westphalie. Caroline, elle aussi, nourrit l'espoir d'accéder à la souveraineté.

Son royaume sera Naples. En 1808, Joachim Murat est placé sur le trône napolitain. Caroline devient alors reine. Mais loin de se contenter d'un rôle protocolaire, elle participe activement à l'administration du royaume. L'ouvrage montre avec justesse combien l'exercice du pouvoir se révèle plus complexe qu'il n'y paraît. Derrière le faste des cérémonies se cachent les intrigues diplomatiques, les rivalités européennes, les menaces militaires et les incertitudes permanentes qui pèsent sur l'avenir de la dynastie.

À Naples, la cour vit pratiquement en état d'alerte permanent. Les rumeurs se multiplient. Les alliances évoluent. Les ennemis de l'Empire se rapprochent. Caroline découvre alors que porter une couronne signifie aussi vivre sous la menace constante de la perdre. Jean Tulard souligne d'ailleurs dans sa préface combien cette souveraine a été sous-estimée par les historiens. Alors que « la dévergondée Pauline a ses admirateurs, Élise la politique » , Caroline est restée étonnamment méconnue.

Pourtant, son rôle politique fut considérable. Lorsque Joachim Murat s'absente, elle gouverne. Elle arbitre, décide et assume des responsabilités qui dépassent largement celles habituellement confiées aux femmes de son époque. Dans cette perspective, La Reine et le Sabre contribue à réhabiliter une personnalité historique dont l'influence réelle fut longtemps minimisée.

Une fresque historique portée par une descendante de la famille Murat

L'intérêt du livre réside également dans le regard particulier de son auteure. Descendante par alliance du célèbre couple royal de Naples, Yasmine Murat entretient depuis de nombreuses années un lien étroit avec l'histoire napoléonienne. Cette proximité familiale ne l'empêche cependant jamais de conserver une véritable rigueur historique. Diplômée en sciences politiques, en relations internationales et en économie, elle s'est imposée ces dernières années comme une figure reconnue du monde culturel et patrimonial. Fondatrice du Gouvernance Think Tank, présidente du Grand Prix du Rayonnement Français et marraine de la Fondation Eugénie Napoléon, elle conjugue réflexion historique, engagement culturel et action diplomatique.

Cette expérience transparaît dans son écriture. Loin d'un simple roman historique, La Reine et le Sabre s'intéresse également aux mécanismes du pouvoir, aux enjeux diplomatiques et à la place des femmes dans les grandes transformations politiques de l'Europe napoléonienne. Le lecteur voyage ainsi d'Ajaccio aux palais de Naples, en passant par Paris, l'Élysée, les champs de bataille impériaux et même l'Égypte, théâtre de l'une des campagnes les plus célèbres de Napoléon. À travers ces décors successifs se dessine une véritable fresque européenne où l'intime et le politique s'entremêlent constamment.

Redonner une voix aux femmes de l'histoire

Au-delà du destin personnel de Caroline Bonaparte, le livre propose également une réflexion plus large sur la place des femmes dans le récit historique. Longtemps, les grandes figures féminines du Premier Empire ont été reléguées à des rôles secondaires. Elles apparaissaient souvent comme des épouses, des mères ou des confidentes, rarement comme des actrices à part entière de l'histoire.

Yasmine Murat inverse cette perspective. Caroline apparaît ici comme une femme capable d'influencer les événements, de prendre des décisions stratégiques et de défendre ses intérêts dans un monde dominé par les hommes. Ambitieuse sans être caricaturale, fidèle sans être effacée, politique sans renoncer à ses sentiments, elle retrouve toute sa complexité humaine. C'est sans doute là que réside la principale réussite de l'ouvrage. En respectant scrupuleusement les archives tout en donnant chair à ses personnages, La Reine et le Sabre parvient à restituer ce que les meilleurs romans historiques savent offrir : une compréhension sensible du passé.

Plus de deux siècles après la chute de l'Empire, Caroline Bonaparte retrouve ainsi une place centrale dans la grande fresque napoléonienne. Et à travers elle, c'est tout un pan de l'histoire européenne qui renaît sous la plume de Yasmine Murat. À l'heure où les lecteurs recherchent des ouvrages capables d'allier plaisir de lecture, découverte historique et profondeur humaine, La Reine et le Sabre s'impose comme l'une des belles parutions de cette rentrée littéraire. Un voyage captivant au cœur du Premier Empire, porté par une héroïne dont le destin méritait assurément d'être raconté.

Par Enzo Guyot.

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