Deepfakes et "deepnudes" : une explosion des chiffres
Le développement de ces contenus s'inscrit dans une croissance fulgurante des technologies de manipulation d'image. Selon plusieurs études spécialisées :
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Le nombre de deepfakes dans le monde est passé d'environ 500 000 en 2023 à près de 8 millions en 2025
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Plus de 90 % des deepfakes en ligne sont à caractère pornographique
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Dans cette catégorie, la quasi-totalité vise des femmes, qu'elles soient célébrités ou anonymes
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Certaines applications de "deepnude", permettant de générer des images dénudées à partir d'une simple photo, ont été téléchargées des millions de fois avant d'être retirées… puis répliquées sous d'autres formes
Ces chiffres traduisent une réalité : ces outils ne sont plus marginaux. Ils sont désormais accessibles au grand public, souvent gratuitement, et nécessitent peu de compétences techniques.
Des institutions confrontées à un phénomène difficile à contenir
Face à cette situation, les institutions tentent de réagir, sans toujours parvenir à enrayer la diffusion de ces contenus. Contacté par RTL Info, le palais royal belge a reconnu que ce type de vidéos était devenu fréquent, indiquant avoir « pris les mesures nécessaires dans ce cas-ci ». Une réponse qui souligne à la fois la vigilance des institutions et les limites de leur action face à la viralité des réseaux sociaux.
Car une fois publiées, ces images peuvent être copiées, repartagées et rediffusées à grande échelle en quelques heures, rendant leur suppression quasi impossible.
Un cadre légal encore en construction
Le droit commence à s'adapter à ces nouvelles pratiques, mais reste souvent en décalage avec la rapidité des évolutions technologiques.
En France, depuis 2024, l'article 226-8-1 du Code pénal prévoit jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende pour la diffusion de contenus sexuels générés par intelligence artificielle sans le consentement de la personne concernée.
Ce texte marque une avancée importante, mais son application demeure complexe, notamment en raison de l'anonymat des auteurs et de la dimension internationale des plateformes numériques.
Une atteinte à l'image… et à la dignité
Au-delà de l'aspect technologique, ces pratiques posent une question fondamentale : celle du respect de l'image et de la dignité des personnes. Dans le cas des princesses européennes, la situation est d'autant plus sensible qu'il s'agit de jeunes femmes exposées médiatiquement, souvent encore en formation, et appelées à incarner des institutions nationales. Leur image publique devient ainsi une cible privilégiée, détournée sans leur consentement.
Ces deepfakes ne relèvent pas seulement de la désinformation. Ils participent d'une forme de violence numérique, où le corps des femmes est manipulé, transformé et sexualisé, indépendamment de leur volonté.
Un phénomène qui dépasse largement les figures royales
Si les princesses européennes attirent l'attention en raison de leur visibilité, elles ne représentent qu'une partie des victimes. Aujourd'hui, n'importe qui peut être ciblé : anonymes, étudiantes, professionnelles. Une simple photographie publiée en ligne peut suffire à générer un contenu falsifié. Cette démocratisation des outils rend la menace diffuse et généralisée.
Dans ce contexte, les cas touchant les familles royales apparaissent comme un révélateur d'un phénomène beaucoup plus vaste, qui interroge notre rapport à l'image, à la technologie et à la responsabilité des plateformes.
Un enjeu majeur pour les années à venir
La multiplication des deepfakes marque une rupture dans la manière dont l'image peut être manipulée et diffusée. Elle impose une vigilance accrue, tant de la part des institutions que des utilisateurs.
Car à mesure que ces technologies se perfectionnent, la frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus difficile à distinguer. Et avec elle, le risque de voir se banaliser des atteintes graves à la réputation, à l'intimité et à la dignité.
Dans le cas des princesses européennes, cette dérive rappelle que même les figures les plus protégées ne sont plus à l'abri. Une réalité qui dépasse le cadre des monarchies et pose, plus largement, la question de la protection de chacun dans l'espace numérique contemporain.
Par Enzo Guyot.